L’oral

Comme étudiant, puis comme enseignant ou conférencier, l’historien de l’art sera nécessairement conduit à présenter des exposés oraux ou des conférences dans des séminaires, colloques ou congrès. Pour cela, il devra maîtriser un certain nombre des techniques liées à la présentation orale.

L’expression

Au stade de l’étudiant passant un oral d’examen, la difficulté pour lui sera celle de laclarté de l’expression et de la pertinence de son exposé dans un temps limité – voire très limité. Il convient de se roder, en s’exprimant par des phrases courtes. Évitez les phrases restant en suspens, comme les « euh », les « bon », les « bien » et les « en fait ». Adoptez un débit modéré et calme. Un bon exercice consiste à faire régulièrement un commentaire guidé pour quelques amis ou membres de sa famille devant une œuvre d’art conservée dans un musée. Ce commentaire, à l’instar de ce qui se ferait dans un mémoire ou un dossier, devra tenir compte de trois critères d’analyse :

  • un critère historique : il faut dire un mot de l’artiste et replacer l’œuvre dans sa carrière ;
  • un critère matériel : il est nécessaire de pouvoir rapidement présenter l’œuvre – une qualité d’autant plus nécessaire que l’on se trouve pas toujours devant l’œuvre originale, mais devant une reproduction ou une projection.
  • un critère interprétatif : il est utile de savoir décrire l’iconographie de l’œuvre, d’en décrypter le sens, de souligner sa singularité et sa qualité et de dire deux mots de la façon dont elle a été reçue par le public.
Le temps

Le problème du temps imparti est essentiel. Curieusement, les lois de la perception subjective veulent que le temps que l’on estime pouvoir disposer pour soi-même… est toujours plus court qu’on ne l’imagine ! Prenez-en compte cette donnée, soit en vous bridant, soit en vous chronométrant lors d’une petite répétition. Rien de plus exaspérant, en effet, pour un président de séance de colloque ou pour un auditoire qu’un exposé interminable, souvent mal dominé, et qui risque d’être bousculé vers la fin, voire interrompu – à moins qu’il ne l’est déjà été, en son cours, par son enseignant fatigué d’entendre des bêtises… Mieux vaut un survol organisé autour de deux ou trois idées clairement exposées d’emblée qu’une démonstration vaseuse et débitée au pas de charge pour tenter de respecter le temps.

Ajoutez à cela la spécificité de l’histoire de l’art : l’usage des images. Sachez qu’il faut systématiquement ajouter au temps imparti, quand il y a des images à projeter, une moyenne de 2 minutes par image commentée. Cela suppose qu’on se limite à la projection d’une dizaine d’images (et pas davantage) pour un exposé de 45 minutes.

La rhétorique

Il va de soi que la qualité d’une conférence tient aussi à la facilité d’élocution de l’orateur et, surtout, à son débit, qui ne doit pas être trop rapide, surtout quand la conférence est lue. L’habitude venant, il est vivement recommandé de ne pas lire, mais de suivre un plan écrit sur quelques pages, ou de lire de façon naturelle. (Veillez toutefois à ne pas imiter ces conférenciers qui, sans notes, sont d’une grande superficialité, ou qui font comme s’ils n’en avaient pas… alors qu’ils jettent des regards discrets vers leurs notes cachées… !)

Regardez le public, en l’interpellant du regard et, éventuellement, en prenant plusieurs personnes comme interlocuteurs privilégiés – cela permet parfois de diminuer l’effet de stress dû à l’effet de foule. Sache adapter le contenu de votre propos aux réactions. Si elles sont nulles, soyez plus vivant. Si vous sentez une résistance, réexpliquez ou reformulez plus clairement votre propos. Apprendre par cœur un texte est en tout état de cause absolument ridicule et à rejeter. Cela se voit tout de suite, exigera de vous un travail excessif et donne à l’exposé un caractère laborieux et faussement facile.

À l’inverse, évitez l’excès de désinvolture, la multiplication des blagues et des plaisanteries, de qualité inégale, et qui masquent rarement la nervosité, les clins-d’œil à l’actualité, etc. Ces effets risquent de se retourner contre vous : si la forme est niée par le fond, votre facilité devient contre-productive ; et une règle communément observée veut qu’un public sera plus critique à l’égard du contenu d’une conférence trop aisée plus qu’envers un exposé simplement sérieux et bien mené. La position debout et ambulatoire est bonne pour donner de la dynamique à l’exposé, mais ne doit pas être systématiquement privilégiée. Mais tout dépend du contexte. Si vous donnez une conférence pendant laquelle tous les intervenants ont parlé assis, il serait risible d’être le seul à rester debout. À l’inverse, si la manipulation des outils informatiques nécessite de se déplacer fréquemment, la position assise ne convient pas.

Le plan

Autre difficulté : celle du plan. Il vous tenir compte de deux aspects : sa constructionet son minutage.

Rappelez-vous qu’un exposé oral est fait… pour être entendu ! Son plan doit être adapté à cette dimension orale et vivante. Inutile, donc, de construire un plan trop hiérarchisé, contenant cinq subdivisions dans chaque partie : les auditeurs sauront, tout au mieux, si votre présentation est suffisamment claire, ne retenir que les parties principales de votre conférence. Concentrez-vous donc sur l’essentiel.

D’autre part, la gestion de votre temps suppose un minutage précis des différentes séquences de l’exposé – ici pour un exposé de 40 minutes :

  • 3 min. pour déterminer les limites et l’intérêt du sujet que l’on va traiter ;
  • 2 min. pour donner les principales indications bibliographiques par ordre chronologique, qui doivent comprendre l’évocation des ouvrages anciens ayant traité du sujet, puis des contemporains permettant de donner l’état de la question. Pour gagner du temps il est recommandé de distribuer en début d’exposé une liste des ouvrages sur lesquels on s’est appuyé et que l’on va citer en précisant chaque fois ce qu’ils apportent de nouveau.
  • 10 min. pour la présentation historique du sujet quand il est à caractère monographique (sur un artiste, sur un édifice, sur une œuvre, etc.). Il conviendra ainsi de retracer la carrière de l’artiste, l’histoire de l’édifice (ou des édifices) dont on traite, les circonstances de production de l’œuvre sur laquelle porte l’exposé.
  • 10 min. pour la description matérielle : nombre d’œuvres de l’artiste dont il est question et thèmes favoris d’inspiration ; description de l’édifice, partie par partie, d’abord l’extérieur, ensuite l’intérieur, en insistant sur les modifications qui y ont été apportées au cours des âges ; analyse technique et iconographique de l’œuvre.
  • 15 min. finales réservées à la démonstration et à la conclusion : place de l’artiste dans son époque, sa singularité, sa fortune critique ; intérêt et originalité de l’édifice, à comparer avec d’autres constructions de la même époque et du même type ; place de l’œuvre dans la carrière de l’artiste et dans sa production.

Quand le sujet de l’exposé est à caractère synthétique ou évolutif, les deux premiers points d’introduction seront les mêmes. Suivront :

  • une présentation du cadre historique général dans lequel s’est développé le phénomène envisagé ;
  • les étapes de son évolution, en séparant les considérations relatives aux artistes, des considérations techniques et des considérations esthétiques ;
  • une conclusion sur la portée et la durée du phénomène

Si le sujet est d’ordre comparatif, l’exposé devra comporter :

  • un aperçu historique sur les circonstances de naissance et d’évolution des phénomènes analysés ;
  • l’analyse proprement dite, en séparant là encore les termes de comparaison (par exemple en ce qui concerne les techniques, les formes, les artistes, l’accueil du public, les prix, l’esthétique…) ;
  • une conclusion sur ressemblances et dissemblances.

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